DIMANCHE 8 JUIN/DIMANCHE 5 JUILLET

OSH/DUSHAMBE

Dimanche 8 et Lundi 9 Juin

Osh-Gulcho-Sari Tach-184Km

 

Je suis resté un jour de plus qu'à l'aller, sachant que les prochaines semaines se passeront dans les montagnes et loin des villes. De plus, un long contrôle de police m'a retardé, il a fallu que moi et deux autres voyageurs allions au commissariat pour un contrôle de passeport et ceci par la section anti-terroriste! C'est vrai que je fais peur avec mon vélo! Trois heures d'attente: il faut savoir être patient face au ridicule de la situation. Je repars par une route connue car c'est par là que j'étais arrivé de Chine. J'y remarque certains changements comme l'arrivée des yourtes pour l'été et les fameux kummis. Beaucoup sont là dans l'attente des citadins qui font une excursion le temps d'un week-end. En l’occurence nous sommes Dimanche alors beaucoup de voiture montent de Osh pour une virée alcoolisée...

Deux shots de vodka offerts plus loin et je passe le premier col.

Le lendemain est heureusement plus calme et je retrouve le pays que j'aime, les villages, les sourires et les averses rafraichissantes. La route est alors bloquée par une manifestation en provenance du village qui réclame la libération d'un député; le trafic est suspens depuis un bon bout de temps. On y a mis les moyens en posant plusieurs yourtes sur la route et du remblais. La vie s'y est organisée, on y chante et on y fait des discours mais apparemment les armes ne sont pas loin...

Point de problème avec mon vélo pour passer et je fais un bond en altitude avec le second col et une petite tempête de neige me fait poser la tente alors que je suis encore en short...il va falloir se couvrir!

 

 

 

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Mardi 10 au Jeudi 12 Juin

Sari Tach-Qarakol-col Ak baital-Murghab-255Km

 

Plein Sud, une barre de montagnes me semble au premier abord infranchissable, mais une faille cachée permet d'entrer au Tadjikistan, un col à plus de 4000m. A l'Est la Chine se rappelle à mon bon souvenirs avec toujours le fantasme de l'orient bien vivace, au Sud-Ouest, l'imposant pic Lénine et ses 7000m et des poussières semble garder la région.

En plongeant dans les montagnes, d'autres glaciers et sommets font leur apparition, il est déjà l'heure de quitter le Kirghizistan dont les vallées et lacs vont me hanter encore longtemps, tel un souvenir irréel qui ne veut s'effacer. Les formalités n'auront jamais été si faciles, j'entre dans un no man's land que l'on pourrait renommer le pays des marmottes ( marmot's land ) tellement il en cours de partout. Mon rythme s'habitue à l'altitude retrouvée, l'asphalte a disparu pour un temps, je retrouve le contact de la terre et l'impression d’être au cœur du sujet. Une nouvelle frontière est passée au col, très vite j'arrive au poste de contrôle tadjik, formalité qui prend un peu plus de temps.

Un nouveau pays, des nouveaux paysages, les montagnes trônent dans un univers minéral balayé par les vents qui descendent les vallées vers la Chine toute proche, de hauts barbelés sur des centaines de kilomètres en coupent l'accès, encore une fois la preuve que l’être humain a bêtement peur de son voisin. Un dernier col pour la journée donne sur le lac Qarakol, ses eaux salées et un magnifique coucher de Soleil qui inonde les reliefs.

 

 

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La route,pour un temps est de nouveau bitumée, longue langue noire qui m'évite les vibrations et traverse le village Khirgiz de Qarakol et ses maisons blanches aux fenêtres bleu vif.

Le Pamir, c'est aussi un haut plateau qui permet parfois de profiter de son relief peu accidenté mais déjà se profile le sommet de la route du Pamir, un col à 4655m d'altitude. Je me pose pour une nuit à son pied, le long d'un torrent glacé. Surprise au petit matin; une petite couche de neige s'est déposée sur les alentours donnant un air hivernal à mon campement. Je me réchauffe en montant tranquillement les derniers 400m de monéer et plonge vers une nouvelle vallée. J'enchaine quelques virages enneigés puis boueux et aperçois alors un vélo en partie caché derrière un ancien bâtiment. Ce sont Dimitri et Goulnara, que j'avais précédemment rencontré brièvement et qui ont passé là la nuit. Je vous laisse visiter leur site internet qui raconte leurs aventures:

http://nexusexpeditions.com/blog.php

Nous reprenons ensemble la descente sur Mourghab qui se fait tout en douceur et tout en discutant de choses et d'autres. Le seul bourg du plateau est en vue avec ses maisons aux toits plats et qui semblent à peine dépasser le sol, la rigueur de la région semble influencer l'architecture mais ne semble pas affecter le sourire des gens.

 

 

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Samedi 14 au Mardi 18 juin

Murhab-col Nayzatash-Alichur-Kargush-Langar-249Km

 

Les paysages se transforment au fur et à mesure de notre avancée mais restent très secs. Parfois un oasis de verdure au creux d'un canyon donne un peu de vie mais le minéral est en maitre malgré quelques ruisseaux. On y goûte les poissons de la région dans une yourte, ce qui est très prisé par les camionneurs chinois, la crème de lait de yak est délicieuse avec du nan, simple mais parfait pour une petite faim. Les chèvres qui produisent l'angora cherchent parmi les rochers les rares touffes d'herbe, on y ramasse également les rares broussailles qui sont utilisées comme combustible. Le vent semble vouloir nous balayer comme un fétu de paille et grignotent notre moral.

Passé Alichur, son petit magasin, son check-point, nous bifurquons rapidement plein sud vers un nouveau col . Point de trafic, les marmottes ont creusé leurs tunnels dans la route carrossable, la fragilisant. Un peu de sable et de cailloux, certains rochers ont pris des formes étranges et les lièvres se promènent tout en restant à une bonne distance.

Après le dernier haut col que nous passons au petit matin, plusieurs casses nous retardent. Rien de grave de mon côté mais il faudra changer trois rayons sur la roue de Dimitri. Il semble qu'un atelier de réparation s'organise en bord de la route. Nous basculons alors sur la Pianj qui forme une frontière naturelle avec l'Afghanistan déjà en vue. Invité à prendre le thé dans la seule ferme du coin, nous dégustons un pain un peu différent, fait de sarrasin.

Encore un check-point de passé et nous suivons les méandres de la rivière. Le lendemain nous avons même la chance de voir remonter, du coté Afghan, une caravane de chameaux, de yaks et d’ânes qui transportent tout un chargement sur le dos. Les femmes habillées de tenues très colorées vont chercher l'eau à la rivière, les hommes s'occupent des bêtes et les enfants s'amusent à jeter des cailloux dans l'eau. Nous les observons et ils nous observent, les eaux tumultueuses de la Pianj formant presque une frontière temporelle. La piste surplombe un canyon et l'érosion forme des structures improbables. Une forteresse en ruine qui protégeait la vallée du Wakham est en vue ainsi que le premier village de cette région isolée. Derrière la muraille de montagnes qui pointent à plus de 7500m se trouve le Pakistan, ici l'Afghanistan est coincé entre ce pays et le Tadjikistan et forme le corridor du Wakham.

 

 

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Jeudi 19 au Dimanche 22 Juin

Langar-Vrang-Yamchun-Shitkharv-Ishkashim-126Km

 

Commence alors une lente progression, pas seulement à cause de la route carrossable qui n'est pas si mauvaise que ça mais surtout aux nombreuses invitations qui affluent dans chaque village. Les gens sont d'une grande gentillesse et quand on nous offre le thé, on se retrouve avec un repas qui prend la moitié de la journée.

Les maisons sont toutes d'inspiration Ismaélienne, branche musulmane principale du Pamir et elles ont toute une architecture commune. La salle principale a cinq piliers qui sont les cinq membres de la famille d’Ismaël. Le toit est en cinq étapes, ce qui représente les cinq éléments et au sommet se trouve une lucarne en verre. Les murs et le sol sont couverts de tapis aux couleurs vives, on nous y sert pain, biscuits, poulet, pâtes aux oignons sur une table basse.

Il y est très agréable d'y dormir et nos hôtes sont généralement très attentionnés, les femmes sont souriantes, les enfants chamailleurs et les hommes conversent facilement.

La région est aussi connue pour ses sources d'eau chaude où il fait bon se dégourdir les jambes comme par exemple les sources de Fatima qui se trouvent dans une grotte. On y trouve également une source d'eau gazeuse très désaltérante.

Chaque village a un ingénieux système d'irrigation qui m'épate. Cela créé des poches de verdure où se cachent les maisons et où se forme un réseau de rigoles.

D'autres forteresses, encore des montagnes, beaucoup de sourires, les jours se passent avec émerveillement.

 

 

 

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Lundi 23 au Vendredi 27 Juin

Ishkashim- Sultan Ishkashim-Qazideh-Darmadar-Sheghnan-Khorog-199Km

 

J'ai décidé de faire un essai côté Afghan et de voir où je peux aller. Un visa en poche depuis Bishkek, je commmence à franchir le passage de frontière. Heureusement Goulnara qui parle russe est toujours là car l'un des douaniers essaye de me soutirer des sous en me demandant un papier que je n'ai pas. Je fais d'ailleurs là mes adieux à elle et Dimitri avec qui j'aurai passé onze jours à rouler, un couple vraiment gentil. Il me semble bizarre de devoir rouler de nouveau tout seul et le fait d'entrer en Afghanistan est un peu troublant.

Au total on me fouillera trois fois mes sacs, on essayera de me soutirer à nouveau des sous du côté Afghan arguant que c'est trente dollars pour le vélo. Il me faut être bien patient mais je peux enfin avancer vers le premier village. Je suis vite "accueilli" par le professeur d'anglais du coin et je dois m’arrêter discuter avec le chef de village. Le lendemain, je dois m'enregistrer auprès de la police nationale, de la police de sécurité, de la police des frontières, du conseil du Wakham et une dernière copie sera envoyée au centre administratif de Faizabad. En retour je reçois un papier à rendre pour ma sortie du pays mais surtout une lettre m'autorisant à passer des check-points. Pas un début des plus faciles!

Je remonte pour une nuit dans le Wakhan que je connais du coté tadjik et essaye de remonter une vallée adjacente qui monte vers un col frontière avec le Pakistan, au pied du plus haut sommet du pays. Sur la carte une piste, en réalité une sente à mulet. Je ne vais pas bien loin et passe une nuit à la belle étoile derrière un muret en pierre. De retour à Ishkashim, j'achète un nan local en ovale et continue le long de la rivière par une piste sablonneuse et parfois raide. Deux jours à traverser des villages sans électricité avec, principalement, comme moyen de locomotion, un âne. Certaines femmes portent la burka, mais la plupart sont ici aussi Ismaéliennes et on peut voir leurs visages. Étonnant de voir une fillette aux cheveux roux et aux yeux bleus!

Avec le chapeau afghan vissé sur la tête, certains portent une belle barbe, ici signe religieux. Le contact n'est pas aussi facile que de l'autre coté de la frontière, on y est très étonné d'y voir un occidental à vélo. Mon parcours dans ce pays va vite tourner court après renseignements. J'apprends que même si cette piste est moins dangereuse que la route principale pour Faizabad, après le col vers le lac Shewa, elle regorge en ce moment de Talibans. La seule alternative est de retourner au Tadjikistan. Au bazar du dernier village on me confirme l'information en me mimant des tirs à la Kalachnikov. J'y passe une dernière matinée, y achète une écharpe locale et repasse la frontière. Coté Afghan, rien à signaler, coté tadjik, même rengaine, le douanier me demande même, de façon sérieuse, si je suis ami avec les talibans. Il va vraiment falloir me raser cette barbe.

 

 

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Vendredi 27 Juin au Dimanche 5 Juillet

Khorog-Vamd-Barawin Tar-Kalu I Khum-Ezgand-Dushambe-574Km

 

Je continue la descente le long de la Pianj avec toujours la vue sur l'Afghanistan tout proche. Les eaux rugissantes, son impressionnant débit et les falaises rouges qui se découpent sur le ciel bleu plantent le décor. C'est également le début du Ramadan qui ne semble pas du tout appliqué mais les villages semblent endormis. Les enfants, me voyant arriver, me sautent dessus pour me vendre abricots, mûres et cerises, c'est bien rafraichissant!

Parfois les camions chargés de cargaisons "made in china" soulèvent des nuages de poussières que le vent me rabat dans le visage, l'orage n'est plus très loin. En face on refait la route qui n'est qu'un simple mais impressionnant chemin taillé dans la pierre, seul connexion pour atteindre certains hameaux.

Je bifurque vers la route du nord qui n'est plus utilisée que par quelques véhicules, un dernier haut col me fait sortir pour de bon du Pamir et je retrouve des terres vertes et cultivées. Une page se tourne, je laisse les montagnes derrière moi et arrive dans la capitale.

 

 

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